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MAGAZINE ENTREPRISE ROMANDE - 2012 – Qui êtes-vous Monsieur Boccard ?

Je suis né à Genève en 1952. J'ai fait une formation à l'école de commerce, avant d'entrer assez rapidement dans l'entreprise familiale.
A côté de mon activité professionnelle, je me suis longtemps engagé en politique, dans le parti démocrate-chrétien, tout d'abord dans la commune du Grand-Saconnex, puis en tant que député au Grand Conseil, de 1989 à 1992.
Si je n'ai pas terminé ma législature, c'est parce qu'être chef d'entreprise, père de famille et actif en politique est épuisant. Rares sont les personnes qui arrivent à concilier harmonieusement les trois activités. La crédibilité d'un patron passe aussi par sa présence sur le terrain. On ne peut pas attendre de nos employés qu'ils soient motivés à être à pied d'œuvre tôt le matin ou tard en soirée si on ne montre pas l'exemple. Quand on est entrepreneur, on l'est vingt-quatre heures sur vingt-quatre. C'est un engagement permanent.
J'ai aussi été très impliqué dans association professionnelle des paysagistes genevois, pendant vingt-six ans dans le comité, dont six ans en tant que président, ensuite comme membre de la commission paritaire et, enfin, en tant que membre du Comité de la caisse de compensation.
Au niveau du sport, j'ai longtemps pratiqué le tennis et la voile. J'ai même eu le plaisir de gagner le Bol de vermeil (Bol d'or des monocoques – ndl) en classe 1 en 2000.
Enfin, je suis très fier de mes deux enfants. Mon fils Julien est docteur en bio-informatique et est maître-assistant et chargé de cours à l'Université de Genève, et ma fille Caroline est enseignante à l'école primaire.
Mon épouse Bernadette et moi sommes également très heureux d'être grands-parents d'une petit Lydie depuis quinze mois. Nous lui consacrons tous nos vendredis, et c'est un réel bonheur de la voir grandir.

 

Propos recueillis par Véronique Kampfen


L’entreprise Boccard Parcs et Jardins fête cette année ses 150 ans d'existence. Entretien avec Jean-Marc Boccard, patron dynamique issu de la quatrième génération d'une famille dont les racines, sur .le territoire genevois, remontent à 1861, à une époque où l'annexion de la Savoie par la France a décidé moult familles de la région à opter pour Genève, dont ils se sentaient plus proches.

Vous êtes à la tête d'une entreprise en mains familiales depuis 150 ans. Racontez-nous son histoire.

C'est en 1862 que la première pépinière Boccard a vu le jour - elle se consacrait à la production et à la commercialisation de végétaux d'ornement - sous l'impulsion de trois frères, qu'une grande différence d'âge séparait. L'entreprise s'est ainsi trouvée dans les mains de cette première génération pendant de longues années, de 1862 à 1920. Puis, deux frères ont repris l'affaire, en l'occurrence mon grand-père et mon grand-oncle, et ils ont à nouveau transmis l'entreprise à deux frères, mon père Georges et mon oncle Jean, associés de 1960 à 1972. Entre 1972 et 1985, mon père était seul aux commandes et j’ai eu la chance de le seconder. Puis, en 1985, j'ai repris l'affaire familiale en collaboration avec mon frère. Quelques années plus tard, il a ouvert sa propre entreprise, Pierre Boccard Sàrl, spécialisée dans la création et l'entretien des aménagements de terrasses et de plantes d'intérieur et dans la location de plantes.

Le fait d'être une entreprise familiale vous apporte-t-il un avantage concurrentiel sur le marché?

Le nom Boccard apporte certainement une valeur ajoutée, surtout dans une certaine catégorie de la population genevoise, qui nous connaît de longue date. Notre renommée est sans doute le fait de notre longévité, mais elle est aussi largement due à la visibilité du Garden Centre que nous avons géré avec succès pendant vingt-cinq ans en face de Balexert. Nous avons cessé cette activité, entres autres raisons parce que les grandes surfaces ont repris le marché du jardinage, alors qu'il y a quelques décennies, c'était encore un domaine fortement artisanal. Seules subsistent comme depuis cette époque des jardineries Roy ou Schilliger, actives sur des créneaux très particuliers.

Quelle est la structure de votre entreprise?

Nous nous sommes constitués en société anonyme en 1985, avec des objectifs économiques bien précis. En effet, à l'époque, nous menions trois métiers de front: l'aménagement des jardins, la pépinière et la gestion du Garden Centre. Nous avons donc nommé des gérants et des directeurs pour ces trois entités, qui ont donné de très fortes impulsions dans ces différents métiers.

Ce ne sont donc pas des membres de la famille qui ont été placés aux affaires opérationnelles?

Non, en effet, nous avons placé à ces postes des collaborateurs engagés de longue date dans notre entreprise, fins connaisseurs de leur métier. C'est l'un des autres avantages d'une entreprise familiale : avoir des collaborateurs fidèles et motivés, qui se sont imprégnés des valeurs de l'entreprise. Beaucoup sont là depuis plus de vingt ans et ils travaillent pour l'entreprise Boccard comme s'ils travaillaient dans leur propre entreprise.
Notre principal objectif, chaque début d'année, est d'assurer le plein emploi aux collaborateurs qui nous ont fait confiance. C'est essentiel pour la stabilité de notre entreprise et pour la relation de confiance que nous tissons avec nos clients et nos fournisseurs.

Dans l'histoire de votre famille, ce sont toujours les garçons qui ont repris l'entreprise. Était-ce une volonté délibérée et qu'en est-il de la prochaine génération?

Non, bien sûr, ce n'était pas une volonté explicite que de barrer l'accès à la direction de l'entreprise aux femmes. Dans les générations avant la mienne, la question ne s'est pas vraiment posée et mes sœurs, puisque nous sommes deux garçons et deux filles en famille, ont privilégié d'autres orientations. Il ne s'est jamais agi d'exclusion, les choses se sont simplement faites ainsi. Moi-même, je ne me suis pas d'emblée destiné à reprendre l'entreprise, puisque j'ai fait des études commerciales et de gestion. Je n'ai donc pas suivi une école professionnelle. Après un stage au Jardin botanique à Genève et un second en Allemagne, où j’ai été ouvrier dans une pépinière, mon père m'a proposé de prendre le poste vacant de comptable de l'entreprise. C'est ainsi que j'ai fait mes premières armes dans l'affaire familiale. J'ai eu la grande chance d'avoir un père qui m'a fait confiance très tôt. Quand, au début des années 1970, je lui ai suggéré des investissements au niveau informatique, ce qui était inhabituel pour une entreprise comme la nôtre, il a suivi mon conseil, alors qu'il disait toujours que «l'ordinateur est une machine à tamiser le brouillard». En revanche, mes enfants ne seront certainement pas actifs dans la gestion opérationnelle de l'entreprise. Mais peut-être voudront-ils en rester propriétaires, pour maintenir le patrimoine familial.

Comment préparez-vous l'avenir?

C'est une question que je me pose, bien entendu. Je suis actionnaire unique de la société anonyme, président du conseil d'administration et patron. Ce cumul de fonctions demande une réflexion approfondie pour pouvoir sereinement envisager l'avenir. Nous avons déjà fait un pas important en 2007. Jusque-là, nous avions deux sociétés, la Pépinière Boccard et Boccard Parcs et Jardins, la troisième entité, le Garden Center, ayant cessé son activité auparavant. La pépinière comptait une quinzaine de collaborateurs et un directeur motivé, auquel j'ai proposé un management buy out (reprise d'une entreprise par un ou plusieurs de ses collaborateurs- ndlr). La chose ne s'est pas faite en un jour puisque cette solution a mis plus de deux ans pour aboutir. Maintenant, je n'ai plus aucune action dans cette entreprise renommée Pépinière genevoise Boccard SA, même si nous gardons d'excellentes relations de client à fournisseur. Aujourd'hui, Boccard Parcs et Jardins SA a un positionnement clair. Nous avons deux types d'activités principales: la création et l'entretien de jardins et la plantation. Une septantaine de collaborateurs travaillent dans l'entreprise, dont une douzaine dans l'administration et les postes techniques de la profession, comme les architectes paysagistes et les techniciens horticoles.

Quelles sont les réalisations qui sont exemplaires pour votre entreprise?

Nous sommes très fiers d'avoir réalisé l'aménagement de Rolex aux Acacias et à Plan­les-Ouates ainsi que celui de Richemont à Bellevue. Ce dernier projet a été mené en collaboration avec Jean Nouvel, ce qui a été extrêmement enrichissant, avec le concept d'amener la forêt environnante jusque dans les locaux de la marque. Nous faisons également régulièrement de très belles réalisations pour des personnes privées, pouvant aller de quelques centaines de francs à plusieurs millions, en fonction de la taille du chantier. Bien entendu, nous travaillons aussi pour des collectivités publiques et aménageons des surfaces sportives. La pelouse du stade de la Praille est également un très beau projet que nous avons pu mener. En­ fin, les promoteurs et les architectes nous font régulièrement confiance. Nous avons ainsi la chance de mener des projets très diversifiés. Nous sommes là depuis un siècle et demi et nous ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin

Quels sont les événements que vous avez organisés pour fêter votre 150ème anniversaire?

Il en a eu trois, répartis dans l'année. Nous avons tout d'abord été présents à l'exposition Jardins en fête qui s'est tenue à Cop­ pet au mois de mai. Nous en avons profité pour organiser un cocktail pour nos clients et nos fournisseurs. Au mois de juin, nous avons inauguré un nouvel hangar et avons fait une grande fête avec tous nos collaborateurs et leur famille. C'était un très bel événement qui a rassemblé plus de deux cent cinquante personnes. Enfin, nous avons terminé ces festivités sur une note un peu plus officielle, à la Société nautique de Genève, en présence d'un conseiller d'Etat, des présidents des associations professionnelles qui nous sont proches des directeurs généraux de la Fédération des Entreprises Romandes Genève et de la Chambre de commerce, des se1vices et de l'industrie de Genève et, bien entendu, des membres de la famille. L'idée maîtresse de tous ces événements a été de fédérer nos collaborateurs, nos clients, nos fournisseurs, nos relations et nos proches autour des valeurs de l’entreprise

Quelles sont ces valeurs?

Nous avons édicté des règles envers nos clients, qui sont celles d'une garantie de qualité totale. Nous accompagnons nos clients jusqu'au bout, quelles que soient les difficultés du projet. L'une de nos caractéristiques est ainsi de trouver des solutions à chaque problème qui se pose, et nous assumons en toute circonstance notre responsabilité d'entrepreneur. Au-delà de ces aspects opérationnels, la valeur phare de notre entreprise est la convivialité. Nous privilégions toujours les rapports entre les personnes, que ce soit avec nos collaborateurs ou avec nos clients, tissant des liens de confiance pérennes. Enfin au niveau de la famille, au sens large du terme, que ses membres travaillent ou non dans l'entreprise, il y a toujours eu une attitude bienveillante envers ce patrimoine familial. C'est une valeur en soi. •

Avec Blaise Matthey directeur général de la Fédération des Entreprises Romandes GenèveInterview de M. J-M BoccardLe Parc de la Duche, Nyon, réalisation de Boccard  Parcs et Jardins SA
Boccard Parcs et Jardins SA
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La Petite Grave - 1236 Cartigny
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